Passage de la flamme de l’Arc de Triomphe flamme de la Nation à la Clairière de l’Armistice le 21 octobre 2021

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A la sortie du 1er Conflit Mondial, la joie de la Victoire est de courte durée, la France panse ses plaies et découvre l’invraisemblable chiffre de 1 500 000 morts et disparus. Le plus petit village français rend hommage à ses fils fauchés trop tôt en inscrivant leurs noms sur un monument. En 1920 le Parlement décide que les restes d’un des soldats non identifiés mort au Champ d’Honneur, choisi à la citadelle de Verdun, rejoindra l’Arc de Triomphe où il sera inhumé sous une dalle face aux Champs Elysées. La cérémonie eut lieu le 28 janvier 1921, depuis, je cite le Petit Parisien, 

           « le héros sans nom vient de prendre sa garde éternelle ».

En 1923, le journaliste Gabriel Boissy suggère qu’une flamme veille sur la tombe du Soldat inconnu. Cette proposition est plébiscitée par une opinion publique profondément marquée par le sacrifice de ses soldats. Pour la première fois, cette flamme a été allumée par André Maginot, Ministre de la Guerre, le 11 novembre 1923. Depuis bientôt 100 ans, selon un rituel bien réglé la flamme est ravivée quotidiennement au crépuscule. Pendant les heures sombres de l’Occupation ce cérémonial a perduré, lycéens et étudiants se tournant vers cette Tombe, défiant l’Occupant. Ce rituel est agencé par l’association « la Flamme sous l’Arc de Triomphe, Flamme de la Nation » qui a pour but d’entretenir la mémoire de tous les combattants français et alliés tombés au Champ d’Honneur.

L’histoire du « Relais Sacré » a une origine franco-belge. En 1934, un journaliste encore, André Linville, crée l’association du « Relais Sacré » en s’inspirant de l’exemple belge.  Cette même année un flambeau français allumé sur la tombe du Soldat inconnu belge parcourt de nombreuses villes, passe à la clairière de l’Armistice à Compiègne avant d’arriver sur la tombe du Soldat inconnu et d’être remis au Général Gouraud premier président de la Flamme. Le « Relais Sacré » est la seule association accréditée pour « prendre la Flamme ». Depuis 2012 cette association a été intégrée à « La Flamme de l’Arc de Triomphe, Flamme de la Nation » dont elle est devenue l’une des commissions permanentes.

Ce petit rappel historique permet de mieux situer « le Relais Sacré ».  Tout peuple a besoin d’une bannière pour se rassembler, se reconnaître dans les moments forts de son histoire. Henri IV disait à la veille de la bataille d’Ivry       « Ralliez-vous à mon panache blanc, vous le trouverez sur le chemin de la gloire et de l’honneur »

La « Flamme de l’Arc de Triomphe, Flamme de la Nation » est de cette veine c’est l’âme du peuple français. Le peuple français c’est nous qui partageons une langue qui structure notre pensée, nous qui mutualisons notre culture issue du monde gréco-latin, nous qui avons la charge de notre âme.

Notre peuple a payé le prix du sang versé pour être ce qu’il est. 

1918, 1 500 000 morts, « plus jamais ça » ne disait-on alors. La mémoire est volatile, c’est pourquoi l’Histoire est jalonnée par des édifices et des symboles. La « Flamme de l’Arc de Triomphe », tout comme la tombe du soldat inconnu, est un symbole très fort qui rappelle que nos pères ont versé leur sang pour que nous puissions vivre dans un monde libre. 

« Liberté », c’est le premier mot de notre devise nationale, un peuple qui n’est pas libre vit dans la servitude et ne maîtrise pas son destin. 

1940 notre pays a connu il y a 80 ans la servitude nazie. Une flamme a toujours brûlé. Un phénix s’est levé au milieu du déshonneur et notre âme souillée s’est redressée.

L’iréniste rompu à la controverse dira que le patriotisme qu’il confond avec le nationalisme, confine à la violence et que le français est un citoyen européen, certes mais comme le bellovaque était en Gaule, laissons le temps au temps.

On a théorisé sur la fin de la guerre on a voulu récolter les dividendes de la paix, mais nous vivons dans un monde où la violence est présente, c’est un fait. Il faut la canaliser et parer aux déchainements. Nos diplomates, nos soldats, nos policiers et nos pompiers œuvrent en ce sens de conserve. Nous, nous devons entretenir notre mémoire collective, comprendre l’Histoire et la faire partager pour éviter l’éternel recommencement et les pièges de Thucydide. Nous avons un devoir de mémoire, un devoir de nous recueillir lors des cérémonies patriotiques, un devoir d’expliquer aux plus jeunes, qui bientôt entreront dans la communauté des citoyens, le sens de ces cérémonies ancrées au plus profond de l’Histoire indo-européenne et paraphraser le poète grec (Simonide de Céos) après la bataille des Thermopyles il y a 2500 ans: 

          « Passant qui te recueille, ils gisent ici par obéissance à nos lois »

La cérémonie de recueillement solennel d’aujourd’hui revêt un caractère tout particulier : grâce au « Relais sacré » de « la Flamme de l’Arc de Triomphe Flamme de la Nation » l’âme du peuple français, qui rappelle le souvenir de ceux qui ont donné leur vie pour la France, vient à nous à Compiègne solennellement au sein de cette clairière.

Jean Louis MONTILLET